Nouvelles
Aliments d’ici : bras de fer pour entrer dans les épiceries
Aliments d’ici : bras de fer pour entrer dans les épiceries
Le 7 juin 2013 à 11h12 | Denise Proulx Argent
Mise à jour le 7 juin 2013 à 13h21
Bien des obstacles limitent la capacité des agriculteurs, surtout les petits, à vendre dans les grandes surfaces, aussi proches soient-elles de leurs champs. Manger local ? Ça va prendre de véritables conditions favorables, analyse un spécialiste de la distribution agroalimentaire.
Les difficultés des producteurs agricoles vont de l’obligation de payer entre 500 $ à 50 000 $ l’unité, pour obtenir que chacun des produits obtiennent un numéro de référencement. Les producteurs devront ensuite attendre trois mois pour recevoir le paiement de leur livraison, sans compensation pour la consignation ni promesse d’achat.
« Ils doivent aussi offrir des primes au marchand pour obtenir une meilleure présentation sur les tablettes», complète le professeur Normand Bourgault, de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Il a identifié qu’au moins 20 barrières majeures stoppent l’entrée des aliments locaux dans les supermarchés, même si l’organisation Aliments du Québec a certifié 16 500 produits, cultivés et transformés au Québec.
De plus, le chercheur a observé que les chaînes mettent de la pression sur les épiciers pour qu’ils s’approvisionnent auprès de l’entrepôt central de la chaîne dont ils portent la bannière, s’ils veulent profiter de primes et augmenter leur marge de profits. « Pour le producteur québécois, ça lui impose des obligations de volumes de production énormes. Il doit pouvoir alimenter le plus grand nombre d’épiceries possible », renchérit le spécialiste en réseaux de distributions agroalimentaires.
Dans la foulée des annonces publiques en faveur de l’achat local, le professeur Normand Bourgault soupçonne les grandes chaînes d’alimentation et de détail de faire plus de verdissage de marque (connu en anglais sous le terme greenwashing) que de réels efforts pour soutenir la production agricole locale.
« Les consommateurs cherchent des produits locaux, ils ont une grande confiance dans leur qualité et ils ont un sentiment d’appartenance à leur territoire. Ils veulent aussi aider les producteurs locaux à bien gagner leur vie. Mais un des problèmes, c’est qu’aucune chaîne n’utilise la même définition de ce qu’est le produit local », déplore-t-il.
Ainsi, pour Normand Bourgault, si un produit local couvre la province, un produit de proximité devrait obligatoirement venir de la région de sa production ou de 150 kilomètres autour, au maximum. Quant au produit artisan, il devrait être reconnu par ses pairs et l’entreprise ne devrait pas dépasser les 15 employés, incluant le travail du producteur.
« Ça presse que le gouvernement définisse clairement les termes. Car énormément de producteurs ont de la difficulté à entrer leur production dans les supermarchés. C’est une légende de dire qu’ils vendent des aliments québécois », martèle-t-il.
Politique d’achat local
En réplique aux propos du professeur Bourgault, Provigo Loblaw affirme que les supermarchés d’une province s’approvisionnent chez les producteurs de leur même province, chaque fois que c’est possible. « Nous avons pris un engagement pour que le bœuf et le porc soient fournis exclusivement par des producteurs canadiens. Ça fait partie de notre programme national de responsabilité sociale d’entreprise », mentionne Hugues Mousseau, porte-parole de Provigo.
Il n’existe pas de politique d’achat local chez Sobeys, mais la chaîne de supermarchés se targue d’avoir été la première à diffuser le logo « Aliments du Québec ». « Le producteur local peut cogner à la porte et s’entendre avec le proprio du magasin qui utilise la bannière. Mais on est très sévère sur les règles de sécurité alimentaire», explique Anne-Hélène Lavoie, conseillère principale au service des communications.
Quant à Metro, après avoir annoncé sa politique d’achat local au début du mois de mai, l’entreprise a lancé trois projets pilotes dans les régions de Lanaudière, le Centre-du-Québec et Chaudières-Appalaches pour identifier spécifiquement les produits régionaux.
« On est d’accord pour que le gouvernement investisse davantage pour [promouvoir] les aliments du Québec. Mais il reste beaucoup de travail à faire en amont, pour valoriser nos produits d’ici, expliquer pourquoi ils sont plus chers », estime de son côté la porte-parole Marie-Claude Bacon.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire